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L’Inavouable : la France au Rwanda

lundi 14 janvier 2013

L’Inavouable : la France au Rwanda

P. de Saint-Exupéry

Je suis allé pour la première fois au Rwanda en 1990. J’avais 28 ans. François Mitterrand était à l’Élysée, Michel Rocard à Matignon.
J’y suis retourné en 1993, puis en 1994 pendant le génocide. J’avais 31 ans. François Mitterrand était à l’Élysée, Édouard Balladur à Matignon.
En 1998, j’ai publié dans "Le Figaro" une longue enquête sur la France et le Rwanda. J’avais 35 ans. Jacques Chirac était à l’Élysée, Lionel Jospin à Matignon.

En 2004, j’ai écrit "L’Inavouable", La France au Rwanda. J’avais 41 ans. Jacques Chirac était à l’Élysée, Jean-Pierre Raffarin à Matignon.
Nous sommes en 2009. J’ai 46 ans. Nicolas Sarkozy est à l’Élysée, François Fillon à Matignon.

Et le dossier rwandais, toujours sur la table.

Son intitulé tient en un mot : complicité. Ce mot est terrible. Chaque fois qu’il l’entend, Hubert Védrine dit : « C’est monstrueux… ». Et, immanquablement, l’ancien secrétaire général de l’Élysée sous Mitterrand assène qu’il est « monstrueux » d’accuser la France de complicité dans le dernier génocide du XXe siècle.
Si la question était « La France, complice ? », Hubert Védrine n’aurait pas tort. Mais ce n’est pas la question. Celle-ci est bien plus simple. Et c’est pour cela qu’elle l’effraye et qu’il fait tout pour l’enterrer.
La question est : François Mitterrand, complice ? Et par voie de conséquence : Hubert Védrine, complice ? Le commandant Paul Barril, complice ? Alain Juppé, complice ? Dominique de Villepin, complice ? Édouard Balladur, complice ? Le général Quesnot, complice ? Le général Huchon, complice ? L’amiral Lanxade, complice ?...
On ne fait jamais assez attention aux évidences. Il en est, pourtant, une aveuglante : « la France » n’a pas à endosser ce dossier. C’est une politique secrète qui fut menée par Paris au Rwanda de 1990 à 1994. Elle fut décidée par quelques-uns et mise en oeuvre par un noyau, le tout au prix d’importantes entorses à la légalité républicaine. Jamais, le Parlement ne fut informé. Jamais, « la France » ne fut au courant.
Cette politique a été tramée dans les coulisses du pouvoir, dans les officines de la cour. Hors de toute règle. Hors de tout débat.
Elle ne fut mise à jour qu’une fois le pire commis. Et dès lors, pour fuir les responsabilités, « la France » servit de paravent.
Tout comme les maîtres d’œuvre du génocide s’abritèrent derrière leur peuple, les responsables français impliqués dans le dossier se sont retranchés derrière la France.
Ce tragique cache-cache dure depuis maintenant quinze ans. Depuis quinze ans, « la France », c’est-à-dire vous et moi, nous trouvons sommés d’accepter ou de refuser la marque d’infamie que certains voudraient nous faire porter.

Sources les éditions Les Arènes

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