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Jean-François Dupaquier : « Sur le Rwanda, la classe politique française nous désinforme depuis vingt ans. C’est intolérable »

mercredi 7 mai 2014

Jean-François Dupaquier : « Sur le Rwanda, la classe politique française nous désinforme depuis vingt ans. C’est intolérable ».

Jean-François Dupaquier publie cette année Politiques, militaires et mercenaires français au Rwanda. Chronique d’une désinformation, aux éditions Karthala. Nous avons rencontré l’auteur (qui collabore également à Afrikarabia)

Extraits de l’entretien :

AFRIKARABIA : – Jean-François Dupaquier, avant ce travail collectif, vos articles qui précèdent le génocide apparaissent, avec le recul, d’une grande lucidité.

- N’exagérons pas. Quand j’ai vu, en octobre 1990, que le FPR engageait la guerre civile au Rwanda, j’ai dit à des amis rwandais : « Ils sont fous, on va vers un génocide ».
On savait depuis la fin des années 1950 que les Tutsi du Rwanda étaient des otages du régime face à toute tentative de retour armé des Tutsi exilés. Chaque tentative d’incursion se traduisait par des pogroms. Je l’ai écrit dès le mois d’octobre 1990 dans L’Evénement du Jeudi. J’ai parlé d’extermination raciale, j’ai dis que l’envoi par la France d’un détachement militaire n’était pas la bonne option.
Pour quiconque connaissait la région des Grands lacs, ça crevait les yeux. Mais, avec Jean-Pierre Chrétien, j’étais presque seul à crier dans le désert. Cette solitude amène à douter. On finit par hésiter à annoncer le pire. Un génocide est un événement tellement énorme qu’on se dit « je dois me tromper, ce n’est pas possible, ils n’iront quand même pas jusque-là ».
Entre 1993 et 1994, même si on voyait que le régime se radicalisait, on espérait la paix. Je croyais qu’on finirait par voir l’application des accords d’Arusha et que les violences contre les Tutsi étaient les derniers soubresauts des extrémistes hutu avant la pacification politique.

AFRIKARABIA : – Le 6 avril 1994, lorsque vous avez appris l’explosion de l’avion des présidents rwandais et burundais, quelle a été votre réaction ?

- Je n’avais pas compris que le président du Rwanda, même s’il se cramponnait, au pouvoir, était depuis quelques mois considéré par les extrémistes hutu comme un « complice des Tutsi ». Quand j’ai téléphoné à Kigali le lendemain ou le surlendemain, on m’a dit que les missiles étaient partis du camp Kanombe, donc du camp des extrémistes. Et je l’ai écrit dans L’Evénement du Jeudi dans les jours qui ont suivi, dans l’édition du 14 avril ou du 21 avril 1994.
Il n’a pas fallu longtemps pour comprendre que c’était un génocide, même si nous n’avons pas osé employer ce mot trop vite, par peur de ce terme, qui n’est pas galvaudé, qui caractérise un crime d’Etat heureusement rarissime. Le degré de sophistication de la planification du génocide n’est apparu que progressivement.
Je me suis rendu plusieurs fois au TPIR. D’abord comme témoin-expert pour rendre un rapport demandé par le procureur dans le procès des médias ; c’était un énorme rapport de 550 pages écrit sous la direction de Jean-Pierre Chrétien avec Marcel Kabanda et Joseph Ngarambe… Lire la suite.

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